Aujourd'hui, dans sa très grande majorité, l’univers des médias et de l'information est entièrement acquis à la cause de la mondialisation. Plus personne n'ose imaginer que le monde, et d'abord la France, pourrait fonctionner autrement. Et l'on entend alors des journalistes de tout bord et de toutes tendances parler sans scrupule d'une sorte de remise en cause de la démocratie quand ils disent, à propos d’une grève des transports en commun, je cite : "une population de travailleurs privilégiés prend en otage le reste de la population qui paie ses impôts, remettant ainsi en question la légitimité d'un pouvoir élu pour mener ces réformes."

A aucun moment on entend quelqu’un dénoncer ce que cache une formule comme « travailler plus pour gagner plus ».

Pourtant, cette façon de résumer la vie de millions de gens à deux entités présentées comme nécessaires et indispensables au bonheur est proprement scandaleuse. Comment peut-on faire croire que la plénitude se résume à : travail et argent. Comme si l’argent à lui seul suffisait à l’accomplissement de l’individu. Tout au plus peut-il apparaître comme une marque de réussite, et encore. Dès que l’on cherche un peu on s’aperçoit vite que ceux qui possèdent de l’argent ne nous offrent pas des mines plus heureuses. Non, ce qui pousse certains à posséder encore et encore plus, c’est le pouvoir que ces possessions leur confèrent. L’argent n’apparaît que comme un moyen supplémentaire de disposer des autres. La seule valeur qui offre, de toute évidence, une vraie satisfaction à un être humain, celle qui permet de lire dans ses yeux un contentement durable, pour peu que cet individu ait mangé à sa faim après avoir dormi à l’abri et au chaud, c’est le temps libre. Celui qui va lui permettre d’appréhender les activités qu’il a envie d’entreprendre. Celui là aura envie de cultiver son jardin, cet autre de faire de la mécanique, cet autre encore écrira ou lira, ira se promener, fabriquera un meuble ou tapissera sa chambre. Aucun n’aura tellement envie d’aller pointer son nez à l’usine ou au bureau.

En fait, on assiste aujourd’hui à un curieux combat entre deux forces que tout oppose, en apparence, mais que tout uni au fond. D’un côté le capitalisme et son avatar, l’ultra libéralisme planétaire, de l’autre une sorte d’engouement profond pour l’engagement désintéressé et le libre accès aux biens et services. On pourrait y lire la nième représentation du bien et du mal, une sorte d’affrontement titanesque qui verrait, à terme, le contrôle absolu et définitif de l’une des deux forces en présence sur sa rivale. De l’issue de ce combat naîtrait évidemment un monde merveilleux ou démoniaque. On peut sans doute plus sûrement y lire un effet naturel d’équilibre indispensable à la survie de l’espèce. Au fur et à mesure que se précisent les intentions de ceux qui détiennent le pouvoir et l’argent de tout accaparer, de tout contrôler, de tout posséder, on voit, dans le même temps, des populations s’organiser, des systèmes détournés, des marchés parallèles fleurir.

La FNAC par exemple, se positionne en défenseur des artistes qui « perdent leurs droits d’auteurs à cause du téléchargement gratuit » mais elle oublie surtout de dire combien elle perd elle-même en ne vendant plus de CD et de DVD à des prix exorbitants. A ses côtés, des artistes qui pleurent des droits d’auteurs qu’ils n’auraient sans doute pas touchés tant le prix des CD et des DVD est exorbitant mais qui oublient de parler des droits que perçoit la SACEM sur l’ensemble des supports enregistrables tels que les mémoires flash, les disques durs, etc. Droits dont ils jouissent pour partie. Ces deux là ont réussi à obtenir d’un pouvoir complice une loi qui vise à priver d’Internet ceux qui téléchargeraient gratuitement. En face, des internautes bien décidés à en découdre, à ne plus être les éternels pourvoyeurs de fonds. A leur côtés, des artistes, d’autres artistes, qui pensent que l’art c’est d’abord une raison d’exister avant que d’être un moyen d’existence, une occasion de donner avant que d’être une opportunité de prendre. Il ne suffit pas de chanter dans un gala de bienfaisance pour s’arroger le droit à la reconnaissance.

EVITEZ DONC LA FNAC, si vous le pouvez. Ils n’en veulent qu’à votre argent et ils sont prêts à tout, semble-t-il, pour y parvenir. C’est une bonne façon d’exercer un contre pouvoir.

Mais on entend également des voix s’élever qui comparent les deux grands courants du christianisme : les catholiques d’une part, pour qui le travail apparaît d’abord comme une fatalité expiatoire à la suite du péché originel, le paradis n’étant que plaisir et jouissance Chassée de cet éden pour avoir croqué la pomme, l’humanité toute entière s’est vu contrainte de gagner sa nourriture à la sueur de son front.

Pour les protestants, le travail apparaît plutôt comme une sorte d’élévation de l’homme, un parcours sur terre qui tend à reproduire, une vie durant, les gestes de création que ce même Dieu aurait accompli en six jours, le septième étant consacré au repos et à la contemplation satisfaite du travail accompli. On comprend beaucoup mieux, soudain, comment les Etats-Unis, sous leur emprise, sont devenus capitalistes et puritains.

Aujourd’hui, même si les discours et les actions continuent de s’opposer et de diviser le monde, une autre machine est en marche qui va nous mettre tous au pas. Elle s’appelle nature. Et la notion de survie pourrait bien mettre tout le monde d’accord, sauf dérapage grave. En tout cas le travail, comme moteur du profit, a fait long feu. Ne nous y trompons pas. Même si l’on veut encore nous faire croire qu’il est le seul outil dont nous disposons pour exister, il est certain désormais qu’il ne permettra pas à chacun de nous de continuer à vivre et la pompe s’essouffle et cherche simplement à nous illusionner sur sa durée de vie. Déjà certaines voix reprennent des formules que l’on croyait réservées à des « gauchistes », des « soixante-huitars baba cool ». Elles parlent de travailler moins pour travailler tous. Elle est pas belle la vie !

Hasta la victoria, siempre.