Le projet qui vise à la libéralisation totale du courrier en Europe remet gravement en cause le service public et éloigne encore un peu plus l'état de ses responsabilités civiles. Plus grave encore, ce dernier se prive une fois de plus du contrôle d'un réseau qui devrait lui permettre une gestion équitable tout en minimisant les pollutions de tous ordres que la multiplication des distributions ne manquera pas de produire. En outre, un monopole étatique de la distribution, encadré par des lois strictes afin d'éviter toutes formes d'arbitraire serait un moyen de choisir ce qui circule gratuitement de ce qui est payant. Les sociétés commerciales privées seraient contraintes d'utiliser ce réseau pour la distribution de leurs produits, charge à l'état de le rendre performant et fiable, mission qui semble lui échapper de plus en plus au nom d'un libéralisme qui oublie volontiers, pour d'évidentes raisons économiques, les zones peu rentables. On peut s'attendre, comme ce fut le cas pour le réseau de chemin de fer, à ce que le courrier n'arrive plus avec la même fiabilité et la même régularité, au quatre coins de l'Europe.

Bien entendu; il ne faut pas mélanger les genres. La distribution du courrier et des colis ne doit pas se confondre avec, par exemple, un service bancaire qui bénéficierait de fait, de conditions exhorbitantes pour assurer sa publicité et la circulation des informations.

Une réflexion identique est à mener pour ce qui concerne l'ensemble des réseaux.
Qu'il s'agisse des routes, autoroutes, voies de chemin de fer, canaux et rivières, ou bien des réseaux destinés à la distribution d'eau, de gaz, d'électricité, ou encore tout ce qui sert à transporter de l'information (téléphonie, fibres, ondes, satellites) doit être à la charge, au service, et à la discrétion de l'Etat, seul à même d'assurer, de part sa fonction et le mandat populaire qu'il porte, la répartition équitable des services sur l'ensemble du territoire dont il a la charge.
Le coût de ces entretiens étant en grande partie payer par la location de ces services aux sociétés privés qui en aurait l'usage pour leur commerce, l'état disposerait alors d'un bras de levier extrêmenent puissant et fiable pour favoriser telle ou telle activité utile à la collectivité. Les livraisons de médicaments, par exemple, pourraient ne pas être facturées, tout comme certains courriers, aujourd'hui, bénéficient de franchise postale.
Il en serait de même pour chacun des réseaux.

On pourrait alors enfin parler d'une politique des moyens de distribution, cette expression étant prise au sens le plus large possible.