Le jeu du pilote de ligne.

Ce jeu est amusant car il nous entraîne loin sans pour autant prendre l'avion. Il peut remettre en cause d'une façon diabolique tout ce à quoi nous croyons tenir absolument.

Dans un avion de ligne au départ de Roissy, à destination de Washington, il y a un pilote, un co-pilote, et quelques hôtesses de l'air et steward. Et puis , de l'autre côté du sas, des passagers et, dans les soutes, des bagages et peut-être un peu de fret. Oui mais voilà, nous sommes dans notre monde imaginaire où tous ces gens là ont de quoi se nourrir, se loger, se soigner et s'éduquer sans avoir à sortir de sous de leurs poches. Alors, que font-ils dans cet avion ? Ils y sont à quel titre ?

C'est là que commence l'épluchage. Une fois le ménage fait il ne reste que fort peu de passagers qui se rendent à Washington pour autre chose que pour "faire des affaires". Mais faire des affaires, aujourd'hui, dans notre nouveau système, est-ce que cela a encore un sens ? Est-il bien nécessaire de déplacer des tonnes d'acier au dessus de l'atlantique, de consommer du kérosène si précieux, de polluer à ce point la planète, pour aller tenter de dénicher la perle rare, l'objet dont personne n'a encore besoin ? Qui, disposant de ce nécessaire après lequel nous courons tous, aurait encore envie de subir les affres des décalages horaires. Il y a mieux à faire. Du même coup, cet avion n'a peut-être plus tellement besoin de voler. Et les hôtesses, steward, co-pilote et pilote se trouvent ainsi libérés de cette contrainte. Tous ces gens moins stressés ont désormais du temps pour cultiver leur jardin, peindre, lire, marcher, visiter. Ils sont en meilleure santé, dépensent moins pour se soigner, vivent plus libres.

Les mécaniciens au sol, les employés aux services des bagages, les hommes et les femmes qui s'arrachent les yeux dans les tours de contrôle, les casernes de pompiers sur les dents chaque fois qu'un trafic trop intense augmente le risque de crash; les douaniers, les services de nettoyage, de restauration, de surveillance...

Donc, pour les vols d'agréments et ceux pour convenances personnelles, tout bien calculé, on devrait pouvoir se satisfaire de deux ou trois vols par jour. Ah oui, par jour bien sur, pas par nuit ! C'est quand même bien mieux.  Pensez au bruit,  aux problèmes que cela pose.

Quant à notre pilote qui ne réalise plus qu'un ou deux vols par semaine, il trouve intéressant de s'occuper de ses enfants et de consacrer une partie de son temps libre à l'installation d'éoliennes dans son village pour réduire le nombre de barrages qui interdisent la remontée des poissons dans les deux rivières qui traversent son département.

On peut ainsi tirer longtemps le fil de  la pelote et on voit très vite que la machine ne demande qu'à s'inverser. La même démarche peut être envisagée à partir de n'importe quel autre cas de figure. La perversité du système tient essentiellement à cette obligation que nous avons de "gagner notre vie à tout prix". Cette exigence, entretenue par un système basé sur la génération de profits, dès qu'elle saute, ouvre des perspectives très différentes, beaucoup plus "enrichissantes".

La gratuité fait peur parce que nous ne faisons pas l'effort de voir ce qu'elle offre, trop imprégnés que nous sommes d'une culture de l'argent qui nous amène à considérer qu'il a une valeur intrinsèque, en perdant de vue qu'il fut, qu'il n'aurait jamais dû être autre chose qu'un vulgaire moyen mis en place pour faciliter les échanges.

Mais qui va payer ?
Nous y reviendrons, mais cherchez déjà à mesurer tout ce que l'on économise en ne faisant pas n'importe quoi. L'avenir n'appartient plus à ceux qui se lèvent tôt, mais à ceux qui prennent le temps de déjeuner.